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Trois portraits pour un plafond : dérestauration, re restauration d’une œuvre de Matisse au musée du Cateau-Cambrésis 

BALCAR.N, BARABANT,G, BERGEAUD.C

Techné n° 19

2004

Dans l’intention artistique d’un dessin, le choix d’un support est déterminant, il conditionne la dynamique du trait.Lorsque Matisse dessine au fusain au bout d’un bambou de 2m au plafond de l’hôtel Régina, son trait joue de la résistance du support et de la matière de sa surface ; il trahit aussi, ici et là, les difficultés de l’exécution en révélant des points d’appui.
Les différentes interventions, dépose, puis remontage du plafond sur un support de toile, conduites dans les années qui ont suivi la mort de Matisse, avaient amoindri ce mélange de force et de fragilité : avec les nombreuses déformations de la surface causées par des décollements localisés et ses accidents de dépose, l’ensemble était mou, le trait avait perdu de sa vitalité, et sa conservation, de surcroît, était en danger. Pour restituer au trait son énergie et son intention plastique, tout en assurant la conservation de l’ensemble, une dérestauration s’imposait, un nouveau collage sur un support, rigide cette fois, aussi. Afin de satisfaire un des principes de la restauration, ce collage devait être réversible. Pour sa présentation dans une salle du musée Matisse du Cateau Cambrésis, le plafond devait être intégré dans l’architecture, à l’identique de l’hôtel Régina à Nice. Pour des questions de conservation et de statut de l’œuvre, bien immobilier par destination devenu bien mobilier, il était important de concevoir une installation mobile : en cas de nécessité, le plafond devait pouvoir être descendu et transportable.La restauration du support devait répondre ainsi à plusieurs objectifs : restituer la planéité de la surface, concevoir un support rigide et un mode de collage permettant la réversibilité de l’intervention, et enfin créer une installation apparemment intégrée à l’architecture mais conservant cependant sa mobilité. L’œuvre, avec ses particularités techniques, ses matériaux constitutifs et son vieillissement conditionne les choix en matière de restauration. Le plafond de Matisse, constitué d’un badigeon de peinture à la colle protéïnique et de traits de fusain, bien que consolidé lors de l’intervention de dépose, reste une œuvre éminemment sensible à l’eau et aux frottements. Les matériaux et les techniques choisis pour sa restauration devaient tenir compte de cette caractéristique, notamment, en ce qui concerne la réversibilité du collage sur son support rigide.La réversibilité d’un collage en plein sur un support rigide ne peut être réalisée que par amincissement du panneau, en le délitant progressivement par le revers. Cette opération peut être assez traumatisante pour la peinture, c’est pourquoi, elle est réalisée, en général, la couche picturale protégée et rigidifiée par le collage de plusieurs couches de papier.Dans le cas du plafond de Matisse, il n’était pas question d’envisager une telle protection en raison de la sensibilité et de la porosité de la surface picturale. Il était donc particulièrement important de concevoir un support en l’associant à un système de collage particulier, l’ensemble permettant un démontage du plafond aisé, réalisable sans danger, et sans nécessité de protéger la surface.Le support est un panneau constitué de plaques alvéolaires en polypropylène ( NIDAPLAST) de 28 mm d’épaisseur, fixés par le revers au moyen de vis sur un châssis d’aluminium . Pour assurer la rigidité de l’ensemble, le châssis est muni de 5 traverses dans un sens, 3 dans l’autre. Pour assurer la fixation des plaques, des inserts ont été collés dans l’épaisseur des plaques alvéolaires.La surface de collage des plaques alvéolaires est recouverte recto –verso en usine d’un non-tissé polyester. Pour parfaire la surface de collage et apporter une couche dite “d’intervention ou de réversibilité“, 2 couches supplémentaires de non-tissé polyester de 17g ont été collées avec une émulsion acrylique.C’est sur ce nouveau support que le plafond a été recollé, une fois les 6 fragments libérés de la toile de doublage et remis dans un état de planéité satisfaisant. En cas de démontage, les plaques alvéolaires pourront être désolidarisées par le revers du châssis puis amincies aisément jusqu’aux couches d’intervention. Ces différentes couches ainsi que la superposition d’adhésifs de différentes natures ( dont un adhésif thermoplastique ) constituent une stratigraphie permettant un démontage par le revers relativement aisé.La mise en place du plafond dans l’architecture du musée a fait l’objet d’un cahier des charges réalisé en collaboration avec le cabinet d’architectes BEAUDOUIN qui avait en charge la rénovation du musée. L’installation du plafond dans la structure architecturale a été réalisée par levage au moyen de poulies accessibles depuis 4 trappes situées dans le plancher de l’étage. Les suspentes d’accrochage fixées sur le châssis métallique à l’arrière du panneau ont été installées de manière à éviter toute vrille pendant le levage et toute déformation après installation. Les cordes et poulies simples ayant servi pour la manutention ont été laissées sur place, à l’intérieur des trappes, pour un éventuel déplacement du plafond.


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